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Le raz-de-marée des autoentrepreneurs

Tiré de :http://www.capital.fr

lundi 14 septembre 2009, par jeanmi


Jamais les hôtesses n’avaient vu pareille affluence : le 18 juin dernier, une demi-heure avant le début de la conférence, le grand amphithéâtre du palais des congrès de Lyon (650 places) était déjà plein comme un œuf. Et une meute de cravatés se frottait virilement les épaules pour tenter d’y passer la tête. Meeting impromptu de François Bayrou ? Beaucoup plus excitant : regroupées autour du ministre des PME, Hervé Novelli, des huiles patronales se préparaient à égrener pendant deux heures les avantages du nouveau statut d’autoentrepreneur. Comme le mois précédent à Paris, l’auditoire est ressorti de la salle les mains rosies par les applaudissements et les canines plus aiguisées que jamais. « Je crois qu’on a enfin trouvé la martingale pour doper la création d’entreprise », se félicite un conseiller de Bercy.

A en juger par son succès, le volet de la récente « loi de modernisation de l’économie » semble en effet calibré pour réveiller le conquérant qui sommeille en chacun de nous. Voilà huit mois qu’il est entré en application et plus de 200 000 pionniers l’ont déjà adopté. « Ils seront 100 000 de plus en décembre prochain », assure Hervé Novelli, en brandissant une statistique à la gloire du dispositif : selon un sondage OpinionWay, 36% des Français seraient disposés à profiter de l’aubaine un jour ou l’autre. Presque un plébiscite ! Dans un pays traditionnellement miné par les tracasseries administratives et le fardeau des charges sociales, ce score n’a rien d’étonnant. Car le statut d’autoentrepreneur fait vraiment souffler un air de liberté dans le monde de la petite entreprise. D’abord, il limite au maximum la paperasserie. Plus la peine de se rendre dans un centre spécialisé avec une pile de justificatifs haute comme ça pour monter sa boîte : il suffit d’aller sur Internet et de remplir un questionnaire. Dix minutes de démarches montre en main, et vous voilà patron.

Autre avantage : ce régime aux petits oignons évite la case désagréable « rendez-vous chez le banquier », puisqu’il permet à l’entrepreneur d’utiliser son compte personnel pour émettre et recevoir des paiements. « Créer une autoentreprise, c’est cinquante fois plus simple que de lancer une SARL ou une EURL », confirme Philippe Nerborac, un consultant de 31 ans qui vient lui-même de sauter le pas. Il est vrai qu’il était bien entouré : en quelques mois, son père (location de bateaux), sa mère (services à la personne), son frère (décoration intérieure) et sa femme (comptabilité) ont tour à tour créé leur propre structure en dix minutes chrono. Pourquoi se priver quand on n’a qu’à se baisser ?

D’autant que les heureux bénéficiaires du système ont droit à un régime fiscal et social de faveur. Dans sa mansuétude, le législateur a en effet décidé, cela ne s’était jamais vu, que les charges et les impôts des auto-entreprises seraient proportionnels à leur chiffre d’affaires : 13% de prélèvements, tout compris, pour les prestations purement commerciales (achat-revente) et 23% pour les autres activités, voilà désormais le tarif. Afin d’éviter de se faire plumer comme dans un bois, l’Etat a toutefois limité cet avantage aux affaires réalisant moins de 32 000 euros de recettes annuelles (80 000 dans le commerce). Au-delà, il faut passer à un statut de société plus classique, SARL ou EURL.

Entre autres bienfaits, cette fiscalité ultralight va permettre de blanchir pas mal d’activités. Prenez Christian Thomas, étudiant en droit à l’université Paris-Assas et animateur du site Fastandfood.fr. « Auparavant, comme tous les blogueurs, je me faisais payer au noir », avoue-t-il sans fard. Mais, maintenant qu’il a fondé son autoentreprise, il est revenu dans les clous de la légalité. Et il peut signer des contrats avec de grandes enseignes, comme McDonald’s, Quick ou encore Pizza Hut, qui lui confient des missions de marketing viral sur Internet. « Je m’y retrouve largement », calcule-t-il. Plutôt encourageant pour le gouvernement. Car si, comme Christian, des milliers de travailleurs souterrains profitent des circonstances pour remonter à la surface, le bilan du nouveau dispositif pourrait ne pas s’avérer si mauvais en termes de finances publiques.

Pas de chichis, peu de tracas, moins d’impôts… Comme si toutes ces douceurs ne suffisaient pas, le régime Novelli offre un dernier avantage à ses bénéficiaires : il est aussi souple qu’un roseau. Une fois n’est pas coutume, les pouvoirs publics l’ont en effet taillé dès le départ pour qu’il puisse répondre à toutes les demandes et s’adapter aux situations les plus diverses. En dehors d’une poignée d’activités situées hors du champ du régime social des indépendants (agent immobilier, agriculteur, auteur, ou encore journaliste pigiste), il permet de pratiquer tous les métiers, du dépannage informatique au coaching, en passant par les cours de piano, le massage shiatsu et la vente de tee-shirts sur les marchés. Surtout, il n’est pas regardant sur la situation du créateur. Retraités, salariés (36,7% des autoentrepreneurs le sont), étudiants, chômeurs, lycéens… tout le monde peut s’y mettre, y compris les femmes sur le point d’accoucher.

Céline Giaichel pourra le confirmer : cette jeune clerc de notaire a lancé sa petite affaire de vente de bracelets d’identification pendant son congé maternité. « Des campings, des discothèques et même certains hôpitaux ont tout de suite répondu présent, se souvient-elle. Au bout de quatre jours, j’avais mes premiers clients. » Non contente d’écouler ses petites merveilles dans toute la France, cette battante installée dans les Yvelines les exporte désormais en Suisse et en Espagne. Grâce à quoi elle a réalisé en juin dernier 7 000 euros de chiffre d’affaires. Une fois réglés ses frais, ses fournisseurs et ses 13% d’impôts et charges, elle a empoché 2 000 euros de bénéfices. De quoi doubler son salaire mensuel.

En comparaison, les 400 à 600 euros qu’engrange tous les mois Jonathan Simotti avec son « autoentreprise » de dépannage informatique paraissent bien modestes. Mais cet argent, « c’est juste pour faire le plein de la voiture et sortir le samedi soir », précise ce grand gamin de 20 ans, qui vit encore chez ses parents. Pour avoir le temps de réviser son bac techno, il assure d’ailleurs ne pas vouloir « plus de quatre clients par semaine ». Le nouveau statut est aussi une bénédiction pour les activités saisonnières ou marginales : grâce à lui, loueurs de chambres d’hôtes, conférenciers et autres traducteurs peuvent désormais éditer des factures. « Avant, rien n’était prévu pour cela et j’étais obligé de magouiller pour me faire payer en heures de vacation chaque fois que j’effectuais une mission de conseil », témoigne un enseignant-chercheur de Jussieu, qui vient de créer sa structure.

Quant aux vrais pros du business, ils trouveront dans l’autoentreprise un excellent moyen de se lancer… même s’ils n’ont pas tout à fait confiance en leur propre projet. Car la souplesse du nouveau statut permet de rattraper bien des erreurs. « Jusqu’à l’année dernière, les salariés qui voulaient se jeter à l’eau devaient plonger directement dans le grand bain, résume François Hurel, le dynamique président de l’Union des autoentrepreneurs (UAE). Désormais, ils peuvent se contenter d’y tremper un pied, puisque rien ne leur interdit de conserver leur emploi en parallèle. » Epatant ? A ceci près que la création d’activité restera toujours risquée, en particulier en période de crise. « Ne nous emballons pas, tempère Bernard Brunhes, le président du réseau France Initiative. Il est illusoire de penser que les Français ont créé en quelques mois 200 000 nouvelles entreprises viables. » « Je m’attends à un taux d’échec considérable, car ces petits patrons d’un nouveau genre sont peu accompagnés », confirme Sylvain Bureau, professeur à l’ESCP. « Entre 15 et 20% des autoentreprises créées pourraient survivre », calcule de son côté Jean-Claude Volot, le président de l’APCE (Agence pour la création d’entreprises), partie prenante du dispositif. C’est peu, mais le taux de réussite des jeunes sociétés classiques est lui aussi assez faible : à peine une sur deux est toujours en activité au bout de cinq ans. Les autoentrepreneurs qui se planteront auront tout de même une consolation dans leur infortune : quelques minutes leur suffiront pour dresser l’acte de décès de leur bébé auprès d’un centre de formalités des entreprises (CFE), et cela ne leur coûtera pas un centime. Décidément, Hervé Novelli a pensé à tout…

Pierre-Alban Pillet

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1 Message

  • Le raz-de-marée des autoentrepreneurs

    14 septembre 2009 21:01, par entre-preneur

    Toto l’Entrepreneur

    J’ai commencé une activité de consultant... On dit de moi maintenant : "il est auto entrepreneur !" Alors comme je suis devenu toto entrepreneur, j’ai décidé d’en parler dans ce blog, et d’échanger sur ce statut, la création d’entreprise, le boulot, la communication etc....

    Voir en ligne : http://www.totoentrepreneur.com

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